Blog-notes

Barboter dans ce que l’on ignore au moyen de ce que l’on sait, c’est divin!
(L’Idée Fixe, Paul Valéry)

Icare

poème de Patrick Crispini

Brûlé le diamant
qui réside et t’isole
vidé
l’astre de son eau
courroucé de fausses flammes
au vacarme incessant
des peurs.

Ce risque de toi-même
qui s’écarte du tumulte
il te faut l’accepter
comme un flambeau fécond
sur une route d’ambre.

À trop écouter
le vigoureux présent
t’arrachant à la sève
à la cambrure du jour
tu vas perdre en vain
le trop plein d’aurore
qui gît encore
dans l’arc de tes mains.

Tu brûles tes deniers
pour un fleuve sans source
et d’exsangues paroles
qui galvaudent ton bien.

Il t’appartient
de le faire sourdre
même s’il n’est tien.

Crois-moi de longues luttes
et d’expériences bues :
ce qui te constitue
est lyre sans âge
qui se ravit de toi
plutôt que tu n’en joues.

Ose t’avancer
où peu t’accompagnent
dans les ténèbres de jour,
– il faut t’en faire une raison –
tu n’y rencontrerais
que des traces à suivre
des empreintes graciles,
mais où te guide un vent
qui ne souffle que pour toi.

Ne gâche plus d’instants
en brume de reconnaissances
à la vasque discourante.
À ton pas de lueur
accorde ta marche :
sous lui tremblent des sols
qui résonnent et s’entendent
bien loin de ces territoires.

Ami de fenaisons
assoiffé de pâmoisons
ne consume pas tes ailes
à de courts épaulements
à de lustres saisons.

Ton âge advenu
à la lassitude
des fêtes de flûtes
des raclées d’orgueil
il faut mettre en route
ton devoir de joutes.

Loin du joug des serfs
une boussole y veille.

Ami de véraison
ami de sans maison
accueille l’ambitieux frisson
de ton nouvel envol :
ton écart te hisse
à la trame du monde.

Loin du joug des terres
un ciel te guette
et te rêve
à tire d’ailes
d’astres.

 Poème : Icare, extrait de Aurora, 2000, Patrick Crispini © PC Productions
Illustrations :
Icare, 2000, Herveline Delhumeau © HD Productions
Icare, 1947, Henri Matisse, © Musée du Cateau-Cambrésis
La Chute d’Icare, Auguste Rodin, vers 1900, © Musée Rodin, Paris