Blog-notes

Barboter dans ce que l’on ignore au moyen de ce que l’on sait, c’est divin!
(L’Idée Fixe, Paul Valéry)

Phénix : Hymne de l’Oiseau Vainqueur

Moi le mutant, le rouge, l’ardent, le consumé

par Patrick Crispini

Herveline Delhumeau, Le Phénix (2015) © HD Productions

Vous m’auriez voulu oiseau-lyre
Oiseau chanteur, homme-oiseau, oiseau-chat,
Oiseau-mouche, oiseau-tempête, oiseau-trompette,
Vous m’auriez voulu oiseau-moqueur,
Oiseau de mauvais augure, drôle d’oiseau,
Oiseau de Saint-François, oiseau nocturne,
Oiseau rare, oiseau rieur, oiseau de paradis,
Vous m’auriez voulu dans vos nichoirs, vos volières,
Voletant gracile derrière des barreaux de cages,
Vous m’auriez aimé instrument d’augures
Messager des sphères, langagier des mystères.

Alors me déployant dans vos temples,
Ornant les frises de vos ministères,
Les cartouches de vos pyramides,
Nombre de vos contes m’auraient chanté,
Moi le mutant, le rouge, l’ardent, le consumé.

Mais vous ne m’avez vu qu’oiseau-cendre,
Brûlé sur les bûchers de vos vanités,
Vous ne m’avez vu qu’oiseau mort
Encore fumant sur vos champs de batailles
Oiseau ramage, oiseau futile, volatile,
Alors que c’est en vous que je vole,
Que je file à tire-d’aile vers vos neuves semailles.

Vous m’auriez voulu oiseau-lyre, oiseau roi,
Moi le rouge ardent, le feu mutant,
Mais je suis en vous cette incandescence
Une promesse de votre renaissance.

Si vous vouliez bien vous accorder mes ailes,
Secouer vos plumes, vos plumets,
Et jusqu’à votre huppe ébrouer la poussière
De votre vie ancienne, de votre pesanteur,
Après avoir consumé d’amour, Phénix,
Puisqu’il vous faut un nom, au-delà du Styx,
Vous deviendriez chant, hymne libre,
Musique ailée de l’oiseau vainqueur.

Poème dédié à Pierre-André Gillioz, à l’occasion de ses 60 ans
PC, le 22 août 2015

Ci-après, le poème de Jean Cocteau
dont est extrait le texte de l’illustration de Herveline Delhumeau