Blog-notes

Barboter dans ce que l’on ignore au moyen de ce que l’on sait, c’est divin!
(L’Idée Fixe, Paul Valéry)

SUR LA VIGNE À FARINET

Jean Desailly & Simone Valère sur les traces de Jean-Louis Barrault
honorés par la plus petite vigne du monde à Saillon en Valais

Ce 29 juin 2000, Jean Desailly & Simone Valère, venaient spécialement de Paris à Martigny pour créer à la Fondation Gianadda le spectacle Saint Exupéry le Rêve d’Icare écrit par leur ami, le chef d’orchestre et compositeur Patrick Crispini, à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance de l’aviateur-poète.

Peu avant le spectacle, ils firent donc une halte à Saillon en Valais sur la Colline Ardente, marchant ainsi sur les traces de Jean-Louis Barrault, dont ils furent pendant plus de 30 ans les fleurons de la Compagnie…

Jean-Louis Barrault [1910-1994], qui incarna Farinet en 1938 dans le film L’Or dans la montagne de Max Haufler, tourné dans la région pour partie en décors naturels, reçut cette vigne en souvenir de sa venue en Valais. Vigneron dans l’âme, il en demeura propriétaire pendant de longues années, venant souvent en Suisse pour la vendange annuelle, entraînant avec lui des personnalités du monde des arts et du spectacle. Puis il transmit ces arpents symboliques à l’Abbé Pierre [1912-2007] qui, lui-même, les remit entre les mains du Dalaï-Lama, actuel propriétaire.

Perpétuant la transmission, Pascal Thurre, et les Amis de Farinet invitent chaque année des personnalités de renommée internationale à venir travailler la vigne et continuer à célébrer l’esprit libertaire de Farinet

La vigne à Farinet, avec trois ceps pour une superficie de 1,618 m² (nombre d’or), est la plus petite vigne cadastrée du monde, dénommée ainsi en hommage à Joseph-Samuel Farinet [1845-1880], figure légendaire, fameux contrebandier et faux-monnayeur. Située à Saillon, dans le canton du Valais, en Suisse, elle produit quelques décilitres de moût, qu’on assemble à une cuvée offerte par l’un ou l’autre propriétaire-encaveur de la commune afin de produire 1000 bouteilles numérotées, vendues au profit d’une œuvre en faveur de l’enfance déshéritée.

Simone Valère : « Jean-Louis a été notre guide pendant les années merveilleuses où, auprès de lui nous avons emmené le théâtre sur les routes du monde.
Jean-Louis chérissait par-dessus tout sa liberté, comme Farinet, et nous la faisait partager.
Je l’imagine ici, comme un poisson dans l’eau, étant d’origine bourguignonne et d’ascendance vigneronne.
Nous sommes heureux de pouvoir participer au spectacle de notre ami Patrick Crispini, car Jean et moi avons fait nôtre une devise de Saint Exupéry :

Aimer ce n’est pas se regarder l’un l’autre,
c’est regarder ensemble dans la même direction ».

Avant que Jean Desailly, comme la tradition l’exige, ébourgeonne et sulfate la plus petite vigne du monde, Patrick Crispini dit pour ses amis un extrait d’une lettre de Paul Claudel [1868-1955],
écrite à Jean-Louis Barrault le 2 juillet 1953.

L’âme humaine est une chose capable de prendre feu, elle n’est même faite que pour ça, et quand la chose se produit, et que « l’esprit tombe sur elle », comme on dit, elle ressent une telle joie, il lui est arraché un tel cri…, c’est vrai que le mot d’enthousiasme n’est pas un autre que celui qu’il fallait ! Encore le feu matériel détruit-il ce qui l’alimente, alors que ce feu sacré dont je parle et que j’appellerais plutôt une lumière voulante et violente, loin de détruire, elle tire sur nous de toutes parts, et voici de l’inconnu, voici de nouvelles forces qui se lèvent et qui accourent et qui se déploient et qui en tumulte elles se concertent ! Lucide, agile, l’esprit comme nettoyé sent toutes sortes de moyens épatants venir au secours de l’idée qui lui est venue ! Il n’y a pas de phénomène à des degrés divers d’intensité plus général et plus étendu […]

voir : L’ALBUM PHOTOS et, ci-dessous, LE FILM de la journée © transArtis Productions 2002 tous droits réservés